C’est étrange parce qu’aujourd’hui je ressens le besoin d’écrire sur ce qu’il s’est passé hier. Je ne pense pas aux soldes, au chiffre d’affaire qu’il faut faire ni au salon qui approche à grands pas. Aujourd’hui je suis sous le choc, comme beaucoup oui. Alors hier soir dans mon lit et ce matin sur le chemin du boulot je me suis demandée pourquoi. Oui pourquoi est-ce que je suis autant sous le choc? Pourquoi est-ce que cet événement me tord les tripes? Bien sur parce que la liberté de la presse, la liberté d’expression, ,notre liberté à tous a été tout simplement tuée, assassinée avec un sang froid à glacer le sang, avec une détermination sans nom avec ce je ne sais quoi qui fait que j’ai eu l’impression de regarder un film américain, un block buster mais pour de vrai.

Tous les jours on en entend, on en voit des choses incroyablement atroces, des guerres, des génocides, des injustices, des meurtres et au fil du temps je pense que mon cerveau s’y est habitué, je me suis rendue compte que je pouvais regarder ou écouter les informations en dinant tranquillement sans avoir la moindre nausée, sans me rendre réellement compte de ce que j’écoutais ou voyais, de ce que cela signifiait, j’avais été anesthésiée. Mais hier non, je n’étais pas anesthésiée, j’ai été touchée, mon coeur a saigné.

J’ai eu la chance d’être élevée dans une liberté de pensée et d’expressions sans faille et pour cela je remercierais toujours mes parents et surtout ma mère. La liberté de dire ce que je pensais (et même parfois un peu trop), la liberté de choisir mon avenir, la liberté de choisir ma vie et en étant soutenue et aimée de surcroit.

Ma grand-mère était basque, basque espagnole, ma mère est née la bas, elle y a passé la plupart de ses vacances, elle a hérité de cette double-culture qui est une force. Mais dans cette force il y avait aussi une blessure. Celle d’un pays, d’une communauté sous le couperet de l’ETA, des attentats, des assassinats sur la place publique. Hier j’étais avec elle et je lui demandais pourquoi je ne la sentais pas plus touchée ni bouleversée que ça. Elle m’a simplement répondu qu’elle avait connu ce genre de barbarie, j’ai appris qu’en Espagne, une de ses amies avait été froidement assassinée par l’ETA, une femme de 35 ans avec trois enfants, sur la place publique du village, sans que personne ne puisse rien dire, rien faire, rien changer. Une amie et d’autres, puis des gens que l’on connait de nom, que l’on croise de temps en temps, c’était monnaie courante et ça l’est encore malgré tout malheureusement aujourd’hui. Ma mère était donc anesthésiée.

Je pense que ce qui m’a bouleversée hier est lié à cet héritage familial, au fait que j’ai toujours su qu’en Espagne il se passait des choses comme ça, que quand j’étais petite sur les murs de pelotes basque je voyais ces grandes affiches imprimées en noir et blanc avec les visages de personnes recherchées par la police pour leur crime ou leur appartenance à ce réseau. Je pense que j’ai toujours senti ce malaise, cette chose qui faisait que dans le village les gens étaient joyeux certes mais qu’ils avaient aussi cette retenue plus grave, ce comportement qui faisait sentir qu’une oppression était présente.

Ma mère a toujours été, et est toujours, forte de ces idées, elle n’a jamais laissé transpirer la crainte. Je me souviens lui demander petite si elle avait peur de ces gens, s’il lui arrivait enfant de ne pas vouloir sortir. Elle me répondait simplement qu’ils savaient qu’il ne fallait pas être à certains endroits à certains moments mais que non, elle n’avait pas peur et qu’il ne fallait pas avoir peur.

Je n’ai pas envie d’être anesthésiée, je n’ai pas envie de me faire à ce genre de situation incroyables et inimaginables, mais je dois l’avouer j’ai la faiblesse de la peur, mais une faiblesse qui prouve quelque part que je suis encore sensible et en ça, c’est bien.

Hier on a tous perdus des gens que l’on connaissait de noms, de dessins, mais certains ont perdu une personne de leur famille, un père, un mari, un ami. Puis il y a ceux qui n’étaient pas connus pour leur dessin mais qui était simplement au boulot comme cet agent d’entretien.

Ma grand-mère aimait que le France soit un pays libre, un pays plus léger, plus “démocratique”, je pense que ma mère aussi même si, forte de caractère et d’opinions, elle lui reproche aussi beaucoup comme beaucoup d’entre nous.

Je n’ai pas été élevée dans la politisation, je ne me targue pas d’une culture importante car je ne pense pas la posséder mais ce que je sais c’est que j’ai les clefs pour ne JAMAIS me laisser terroriser par des personnes qui entravent ma ma liberté quelqu’elle soit, je dois trouver la force de les attraper et de ne plus les lâcher. Si moi je peux le faire alors tout le monde le peut, et je pense qu’il le faut.

On est tous Charlie, oui, et si on est tous Charlie on doit tous tenir notre trousseau de clefs serrés contre notre coeur aujourd’hui, demain et tous les jours qui suivent.

 

Capture d’écran 2015-01-08 à 11.20.29

 

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